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Posts Tagged ‘auto-défense intellectuelle’

   À peine la formidable mobilisation sur les plages du Prado de Marseille, avec des citoyens venus en masse (120 000)  écouter les membres du Front de Gauche leur exposer les raisons pour lesquelles leur pays devrait voter en faveur d’un programme de révolution citoyenne, à peine ce formidable élan solidaire et humain terminé, le journal Libération publie un article pour en relater les faits. Le contenu de l’article relate il me semble assez bien l’évènement. Beaucoup de monde, beaucoup d’espérance, du contenu et de la joie. Mais quel titre choisit-on pour l’illustrer ?

Il y a besoin de gens comme Mélenchon qui font rêver

Titre bien entendu choisi « au hasard » dans la citation d’un des acteurs de la mobilisation qui s’empresse de compléter son propos:

Mais franchement, nuance-t-il, je crois pas du tout à ses mesures économiques. Le Smic à 1700 euros, ce serait bien mais c’est pas possible.» Il ferait «plus confiance» à François Hollande. Sans enthousiasme. «Même lui ne me convainc pas tant que ça. C’est dommage que dans cette élection il n’y ait pas eu de débats d’idée», se désole-t-il.

   Titre qui ne reflète en rien le reste de l’article donc. Pour cela, j’en suis assez révolté de toujours entendre les mêmes refrains. Je tiens donc à remettre les pendules à l’heure, ne serait-ce que pour retrouver mon calme…

   Ceux qui rêvent sont plutôt ceux qui pensent combattre la spéculation financière avec de bonnes intentions. Ceux qui rêvent sont ceux qui avalent les discours néolibéraux sur la dette, l’immigration, l’impossibilité d’augmenter le SMIC, la retraite à 60 ans. Ceux qui rêvent sont ceux qui pensent qu’il est bon pour la France de s’agenouiller devant les Américains, l’Union Européenne ou l’OTAN. Ceux qui rêvent sont ceux qui pensent faire face à l’urgence écologique à coup de « marché de droits à polluer » ou en « moralisant » le capitalisme. Ceux qui rêvent sont ceux qui refusent la sixième république, écrites par ses citoyens.
Nous sommes un peuple conscient, qui s’éduquent et réapprend à militer et à faire de la vie politique, le centre de nos préoccupations. Nous qualifier de doux rêveur, qui gobent comme de vulgaire poissons rouges, les propositions « irréalistes » d’un candidat, un jour démagogue, un autre populiste, est une méthode inacceptable qui vise à discréditer notre mouvement. Non seulement il insulte l’intelligence des militants de gauche, toutes catégories confondues, mais il insulte également le jugement de millions de citoyens, pas forcément impliqué dans le combat militant, mais qui comme nous réfléchissent, jugent, pèsent et sous-pèsent les arguments des uns et des autres candidats.

Nous ne sommes pas des rêveurs, notre programme est applicable, chiffré, réaliste et oui, révolutionnaire.

   Je met en garde ici les rêveurs conservateurs et réactionnaires qui nous insultent nous et notre cause, car leur réveil sera brutal et inconfortable. Car ils devront partager, ils en seront obliger, par la loi, de respecter tous les français,  ceux récemment naturalisés ou anciennement arrivés sur notre territoire, tout comme ceux qui revendiqueront encore plus de démocratie, encore plus de justice sociale, encore plus, oui, toujours plus de droits.

The Dream, Pablo Picasso

Vive la sociale !
Vive la révolution citoyenne !

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Voici un texte publié sur le blog Quadrados Loucos, et traduis par mes soins, qui fait le bilan de l’occupation de la place Cinelândia de Rio de Janeiro.

Au commencement, tout était fête. Ils tiraient du campement plus que celui ne pouvait donner : une émotion continue, un enchantement permanent. Une générosité débordante, des sourires de tous côtés. Des groupes d’amis décidèrent d’aller tous ensemble sur la place. Contaminé par les événements proliférant à travers le monde, même le plus aguerris des activistes était tombé amoureux. Avec raison. Dans le grand amour de la politique, s’anime une expérience du commun, en même temps militante, éthique et esthétique. Une expérience du monde des temps nouveaux. Ceux qui donnent faim de vivre mais que nous laissions échapper, pour plus tard, par crainte ou par paresse.
L’avion s’en va et nous restons sur le bord de la piste, à le regarder s’en aller. Cela a changé. Des milliers de gens en traversant la place, débattirent, au fil des consensus et dissensus, ordonnèrent et désordonnèrent. Ils dansèrent comme des pions frénétiques et se consommèrent dans un bleu azure brillant et intense, comme dirait Kerouac.

Il ne peut pas y avoir de transformations sans bloquer la rue. Orienter le mouvement, organiser le carnaval. C’est est très politique. Bien plus que des groupuscules qui  ne font que discuter révolte ou socialisme dans d’obscure salles par des dimanches ensoleillés. Ou bien plus que des éditorialistes de la révolution, avec leurs textes de gendarmes , leur rancœur de vieille gauche. Ou bien plus que des appareils partisans ou carriéristes, qui enflent, sans enfler les penses. A 30 ans, la vésicule ne tient plus le coup. C’est faire acte de cela, faire motion de ceci, avoir une opinion engagée sur tout, diaboliser et hurler, mais rien à propos de construire une alternative et affirmer qu’un autre monde est possible. Ainsi, le mouvement anticapitaliste se réduit-il à un slogan, expression de la mauvaise conscience de la classe moyenne, et se résume à de vagues indignation pour un monde meilleur. Plus que cela donc, la toile des occupations globales raconte un autre monde, dans une démocratie réelle, dans l’organisation politiques de nos relations.
Aujourd’hui, Occupy Rio a passé la phase de la célébration. Largement ouvert aux flux de la ville, il a été inondé par le conflit, le racisme, la drogue, l’impossibilité de communiquer, la violence diffuse et directe. Depuis le premier jour, la brutalité est imminente. Plus dangereux que la Garde de la PM (Police Militaire ndt) il y a eu ce conflit épidermique qui a tendu l’atmosphère sur le campement jours et nuits. Cinelândia : le lieu historique des mobilisations, mais aussi lieu où l’on fouettait les esclaves, où l’on pendait les condamnés, et où aujourd’hui se propagent les microbes e junkies et créatures invisibles du centre-ville.
Aussi, l’optimisme a-t-il besoin de se désenchanter. Malgré des moments très joyeux, la lutte se terminent souvent sans gloire. Que l’on ne s’attende pas à recevoir des lauriers ou des récompenses pas même moraux.

Après un mois, il y a maintenant dans la salle un éléphant que nous  ne pouvons désormais plus contourner. Terminant l’enchantement initial, cette éléphant exige une attention quasi totale. On les appelle les « sans-abris » (« habitant de la rue » dans le texte ndt). Ce sont eux qui procurent la substance et la durée au mouvement d’occupation à tout le monde. Parce qu’ils endurent la dureté du macadam et survivent dans la métropole. Mais ceci est une classification injuste. Parce que c’est un groupe hétérogène, composé de natures variées et d’histoires singulières. Nous avons besoin de théorie et d’idéologie pour faire de la politique, pour nous subjectiver comme acteurs de l’histoire. Eux non. Ils apportent avec eux les stigmates du choc de l’ordre[1], le trauma dans les gestes et les paroles. Ils en subissent politiquement l’expérience  tous les jours, sur les corps, dans les discours, dans les actes les plus prosaïques comme boire de l’eau, aller aux toilettes ou dormir. Pour eux, tout est géographie politique, récit opprimé, résistance contre et malgré tout. Leur poésie sans bonne manière nous parait irrémédiablement improductive.
Nous alimentons les préjugés à un niveau profond. Ils ne sont pas LE problème, mais un symptôme de la cité comme un tout, bien au delà des questions de d’habitation.
Nous gagnons un point de vue.

Avec eux, Occupy Rio va saigner jusqu’à la mort ? Les veines de l’Amérique Latine sont toujours restées ouvertes. Perdre, être entérré par la matérialité est moins critique que  fuir, revenir à son appartement, sa salle de cours ou les couloirs du pouvoir. Cela serait-il renoncer a ce qu’il y a de révolutionnaire dans la composition de classe. Si la gauche civilisée et progressiste ne cesse de tenter de prolétariser le peuple brésilien, sur ce continent vibre le peuple Macunaíma[2], indien et noir qui se refusent à devenir prolétaire. Le mélange grossier qui s’est effectué a Cinelândia ne s’est réalisé dans pratiquement aucun espace ou organisation de gauche. Ici oui, nous sommes mal représentés, mais de même le sont ceux qui ne sont à aucun moment présentés autrement que comme objets pour la psychiatrie, la criminologie ou l’assistance sociale. Ces barbares qui refusèrent ces représentations. Sur le campement, nous somme dé-chosifiés : on produit de la subjectivité.

Parallèlement les obstinés continue à réclamer que nous ayons un ordre du jour clair. Leur condescendance entre les lignes n’est pas suffisante pour masquer l’horreur qu’ils ressentent du nouveau. Ils montrent leur dédain, jusqu’à l’heure du verdict. Ils prétendent nous domestiquer, nous identifier comme leur je, juger si nous sommes assez anticapitaliste, si nous méritons leur « ok les enfants ». Mais quand la nouveauté est une provocation, la génération fait les choses bien. L’avion est parti et ils sont couché au bord de la piste, pour attendre. Adieux messieurs dames.
Les questions et les limitations, s’ils prédisent des blocages sont un fait, mais le mode de comment penser et agir pour affronter ces problèmes est celui qui définit la véritable lutte et expérience des campements.Que les conflits apparaissent, eis en quantité, mais plus grand encore sera de le développer dans un mode transformateur. Est ingénieusement anticapitaliste celui qui pense que ce sont des questions secondaires, qu’il est plus urgent de mettre en scène d’autres actes contres Pæs-Cabral-Dilma [3], dans ce théâtre décoré de grandes médailles. Quand tout est en jeu, et précisément le cas ici, où la démocratie se confronte à la réalité des rues,  devant l’abysse éthique où le Je rencontre de manière absolue, l’Autre, qui ne peut se réduire à un Je.
Aujourd’hui, 30 jours après, nous savons demander moins que ce que le campement peut apporter : une tentative franche de réinvention, un travail de fourmi. Trente jours sur  Cinelândia la folle, il y a eu un pari fou et inévitable. Et ses affects, son expérience, ses gestes maintiennent  sous nos yeux lucides, une valeur authentique.

Texte : Bruno Cava – RJ / Trad. : Dagoodtown

1 – Le « choc de l’ordre » est une politique instaurée par le maire de Rio, politique sécuritaire et de renforcement des contrôles de police contre les marchés informels, et pour la propreté. Elle affecte aussi par conséquent les plus pauvres ou les sans abris.

2 – Macunaíma : anti-héros d’un roman de Mário de Andrade, qui mêle les différents récits mythologiques des peuples brésiliens. Le roman a ensuite été adapté au cinéma par Joaquim Pedro de Andrade.

3 – Eduardo Paes : maire de la ville de Rio de Janeiro ; Sérgio Cabral : gouverneur de l’État de Rio de Janeiro; Dilma Rousseff : présidente de la république fédérale du Brésil

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La campagne de la journée sans achat 2010, lancée par le site Canadien Adbusters, et relayée par son équivalent français Casseur de Pub, s’inscrit cette année dans le cadre d’une « Semaine de la Rébellion Carnavalesque » (Carnavalesque Rebellion Week) du 22 au 29 Novembre. Cette semaine appelle tous les citoyens a organiser des événements de résistance au capitalisme et au système productiviste à travers le monde. Mise ne place d’espace de création, de discussion, distribution de tract etc. Le principe : sortir pour une semaine du système. Pas de télé, pas d’achat, pas d’internet etc. ou plutôt, le moins possible. Il ne s’agira pas de caricaturer, mais juste d’essayer pour une fois, de penser, d’agir, de manger, de regarder et de parler aux autres d’une manière différente. Cela permet a chacun de prendre le recul nécessaire à l’analyse de sa propre situation et cesser pour un instant d’être happé par le flot continue de la vie dans laquelle nous sommes plongée et qui nous empêche parfois d’être libre.

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Les journalistes de l’émission Là-bas si j’y suis sont allés rencontrer Noam Chomsky, chercheur en linguistique mais aussi intellectuel engagé.

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