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Posts Tagged ‘révolution’

Voici un texte publié sur le blog Quadrados Loucos, et traduis par mes soins, qui fait le bilan de l’occupation de la place Cinelândia de Rio de Janeiro.

Au commencement, tout était fête. Ils tiraient du campement plus que celui ne pouvait donner : une émotion continue, un enchantement permanent. Une générosité débordante, des sourires de tous côtés. Des groupes d’amis décidèrent d’aller tous ensemble sur la place. Contaminé par les événements proliférant à travers le monde, même le plus aguerris des activistes était tombé amoureux. Avec raison. Dans le grand amour de la politique, s’anime une expérience du commun, en même temps militante, éthique et esthétique. Une expérience du monde des temps nouveaux. Ceux qui donnent faim de vivre mais que nous laissions échapper, pour plus tard, par crainte ou par paresse.
L’avion s’en va et nous restons sur le bord de la piste, à le regarder s’en aller. Cela a changé. Des milliers de gens en traversant la place, débattirent, au fil des consensus et dissensus, ordonnèrent et désordonnèrent. Ils dansèrent comme des pions frénétiques et se consommèrent dans un bleu azure brillant et intense, comme dirait Kerouac.

Il ne peut pas y avoir de transformations sans bloquer la rue. Orienter le mouvement, organiser le carnaval. C’est est très politique. Bien plus que des groupuscules qui  ne font que discuter révolte ou socialisme dans d’obscure salles par des dimanches ensoleillés. Ou bien plus que des éditorialistes de la révolution, avec leurs textes de gendarmes , leur rancœur de vieille gauche. Ou bien plus que des appareils partisans ou carriéristes, qui enflent, sans enfler les penses. A 30 ans, la vésicule ne tient plus le coup. C’est faire acte de cela, faire motion de ceci, avoir une opinion engagée sur tout, diaboliser et hurler, mais rien à propos de construire une alternative et affirmer qu’un autre monde est possible. Ainsi, le mouvement anticapitaliste se réduit-il à un slogan, expression de la mauvaise conscience de la classe moyenne, et se résume à de vagues indignation pour un monde meilleur. Plus que cela donc, la toile des occupations globales raconte un autre monde, dans une démocratie réelle, dans l’organisation politiques de nos relations.
Aujourd’hui, Occupy Rio a passé la phase de la célébration. Largement ouvert aux flux de la ville, il a été inondé par le conflit, le racisme, la drogue, l’impossibilité de communiquer, la violence diffuse et directe. Depuis le premier jour, la brutalité est imminente. Plus dangereux que la Garde de la PM (Police Militaire ndt) il y a eu ce conflit épidermique qui a tendu l’atmosphère sur le campement jours et nuits. Cinelândia : le lieu historique des mobilisations, mais aussi lieu où l’on fouettait les esclaves, où l’on pendait les condamnés, et où aujourd’hui se propagent les microbes e junkies et créatures invisibles du centre-ville.
Aussi, l’optimisme a-t-il besoin de se désenchanter. Malgré des moments très joyeux, la lutte se terminent souvent sans gloire. Que l’on ne s’attende pas à recevoir des lauriers ou des récompenses pas même moraux.

Après un mois, il y a maintenant dans la salle un éléphant que nous  ne pouvons désormais plus contourner. Terminant l’enchantement initial, cette éléphant exige une attention quasi totale. On les appelle les « sans-abris » (« habitant de la rue » dans le texte ndt). Ce sont eux qui procurent la substance et la durée au mouvement d’occupation à tout le monde. Parce qu’ils endurent la dureté du macadam et survivent dans la métropole. Mais ceci est une classification injuste. Parce que c’est un groupe hétérogène, composé de natures variées et d’histoires singulières. Nous avons besoin de théorie et d’idéologie pour faire de la politique, pour nous subjectiver comme acteurs de l’histoire. Eux non. Ils apportent avec eux les stigmates du choc de l’ordre[1], le trauma dans les gestes et les paroles. Ils en subissent politiquement l’expérience  tous les jours, sur les corps, dans les discours, dans les actes les plus prosaïques comme boire de l’eau, aller aux toilettes ou dormir. Pour eux, tout est géographie politique, récit opprimé, résistance contre et malgré tout. Leur poésie sans bonne manière nous parait irrémédiablement improductive.
Nous alimentons les préjugés à un niveau profond. Ils ne sont pas LE problème, mais un symptôme de la cité comme un tout, bien au delà des questions de d’habitation.
Nous gagnons un point de vue.

Avec eux, Occupy Rio va saigner jusqu’à la mort ? Les veines de l’Amérique Latine sont toujours restées ouvertes. Perdre, être entérré par la matérialité est moins critique que  fuir, revenir à son appartement, sa salle de cours ou les couloirs du pouvoir. Cela serait-il renoncer a ce qu’il y a de révolutionnaire dans la composition de classe. Si la gauche civilisée et progressiste ne cesse de tenter de prolétariser le peuple brésilien, sur ce continent vibre le peuple Macunaíma[2], indien et noir qui se refusent à devenir prolétaire. Le mélange grossier qui s’est effectué a Cinelândia ne s’est réalisé dans pratiquement aucun espace ou organisation de gauche. Ici oui, nous sommes mal représentés, mais de même le sont ceux qui ne sont à aucun moment présentés autrement que comme objets pour la psychiatrie, la criminologie ou l’assistance sociale. Ces barbares qui refusèrent ces représentations. Sur le campement, nous somme dé-chosifiés : on produit de la subjectivité.

Parallèlement les obstinés continue à réclamer que nous ayons un ordre du jour clair. Leur condescendance entre les lignes n’est pas suffisante pour masquer l’horreur qu’ils ressentent du nouveau. Ils montrent leur dédain, jusqu’à l’heure du verdict. Ils prétendent nous domestiquer, nous identifier comme leur je, juger si nous sommes assez anticapitaliste, si nous méritons leur « ok les enfants ». Mais quand la nouveauté est une provocation, la génération fait les choses bien. L’avion est parti et ils sont couché au bord de la piste, pour attendre. Adieux messieurs dames.
Les questions et les limitations, s’ils prédisent des blocages sont un fait, mais le mode de comment penser et agir pour affronter ces problèmes est celui qui définit la véritable lutte et expérience des campements.Que les conflits apparaissent, eis en quantité, mais plus grand encore sera de le développer dans un mode transformateur. Est ingénieusement anticapitaliste celui qui pense que ce sont des questions secondaires, qu’il est plus urgent de mettre en scène d’autres actes contres Pæs-Cabral-Dilma [3], dans ce théâtre décoré de grandes médailles. Quand tout est en jeu, et précisément le cas ici, où la démocratie se confronte à la réalité des rues,  devant l’abysse éthique où le Je rencontre de manière absolue, l’Autre, qui ne peut se réduire à un Je.
Aujourd’hui, 30 jours après, nous savons demander moins que ce que le campement peut apporter : une tentative franche de réinvention, un travail de fourmi. Trente jours sur  Cinelândia la folle, il y a eu un pari fou et inévitable. Et ses affects, son expérience, ses gestes maintiennent  sous nos yeux lucides, une valeur authentique.

Texte : Bruno Cava – RJ / Trad. : Dagoodtown

1 – Le « choc de l’ordre » est une politique instaurée par le maire de Rio, politique sécuritaire et de renforcement des contrôles de police contre les marchés informels, et pour la propreté. Elle affecte aussi par conséquent les plus pauvres ou les sans abris.

2 – Macunaíma : anti-héros d’un roman de Mário de Andrade, qui mêle les différents récits mythologiques des peuples brésiliens. Le roman a ensuite été adapté au cinéma par Joaquim Pedro de Andrade.

3 – Eduardo Paes : maire de la ville de Rio de Janeiro ; Sérgio Cabral : gouverneur de l’État de Rio de Janeiro; Dilma Rousseff : présidente de la république fédérale du Brésil

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Dimanche 22 Avril 2012, il est 18h00. Les chiffres de la participation sont annoncés : 83% des inscrits se sont déplacés, taux record dans l’histoire de la cinquième république ! A 20 heures, les résultats…

Choisi ton camps camarade !

Ce petit exercice a été librement inspiré d’un billet publié sur le blog Des pas perdus , merci à son auteur !

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BELLACIAO – Antonio Gramsci , «Je hais les indifférents» – Roberto Ferrario.

Bellaciao nous propose un texte d’une actualité… indignante !

« Je hais les indifférents. Pour moi, vivre veut dire prendre parti. Qui vit vraiment ne peut ne pas être citoyen et parti prenant. L’indifférence est apathie, elle est parasitisme, elle est lâcheté, elle n’est pas vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est la boule de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte dans laquelle souvent se noient les enthousiasmes les plus radieux, c’est le marécage qui ceint la vieille cité et la défend mieux que les murailles les plus fermes, mieux que ses guerriers, car elle enlise ses assaillants dans ses gouffres boueux, limoneux, et elle les décime et les démoralise et quelques fois elle les oblige à renoncer à leur entreprise héroïque.

L’indifférence opère énergiquement dans l’histoire. Elle opère passivement, mais elle opère. C’est la fatalité ; c’est sur quoi l’on ne peut compter ; c’est ce que bouleverse les programmes, renverse les plans les mieux construits ; c’est la matière brute qui se rebelle à l’intelligence et l’étrangle. Ce qui se passe, le mal qui s’abat sur tous, le bien possible qu’un acte héroïque (de valeur universel) peut provoquer, tout ça revient moins à l’initiative de quelques personnes qui activent qu’à l’indifférence, à l’absentéisme de la majorité.

Ce qui arrive, arrive non pas parce que certains veulent qu’il arrive, mais parce que la majorité abdique sa volonté, laisse faire, laisse se grouper les nœuds qu’ensuite seule l’epee pourra couper, laisse promulguer les lois qu’ensuite seule la révolte fera abroger, laisse aller au pouvoir les hommes qu’ensuite seul un mutinement pourra renverser.

La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent à l’ombre, juste quelques mains, à l’abri de tout contrôle, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, car elle ne s’en soucie point. Les destins d’une époque sont manipules selon des vues étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse ignore, car elle ne s’en soucie point.

Mais les faits qui ont mûri aboutissent à leur fin ; mais la toile tissée à l’ombre s’accomplit : et alors il semble que c’est la fatalité qui emporte tout et tous, il semble que l’histoire n’est pas un énorme phénomène naturel, une irruption, un séisme, dont tous restent victimes, qui a voulu et qui n’a pas voulu, qui savait et qui ne savait pas, qui a été actif et qui indiffèrent.

Ce dernier s’irrite, il voudrait échapper aux conséquences, il voudrait qu’il soit clair que lui n’y était pour rien, qu’il n’était point responsable. Certains pleurnichent piteusement, d’autres blasphèment avec obscénité, mais personne ou peu de personnes se demandent : si j’avais moi aussi fait mon devoir, si j’avais cherche à faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il advenu ce qui est advenu ? Mais personne ou peu de personnes se sentent responsables de leur indifférence, de leur scepticisme, du fait de ne pas avoir offert leurs bras et leur activité à ces petits groupes de citoyens qui luttaient justement pour éviter tel mal et procurer tel bien.

La plupart de ceux-ci par contre, à évènements accomplis, préfèrent parler de faillite des idéaux, de programmes définitivement écroulés et d’autres agréableries pareilles. Ainsi recommencent-ils leur absence de toute responsabilité. Et ce n’est pas vrai qu’ils ne voient pas clair dans les choses, et que parfois ils ne soient pas capables d’avancer de très belles solutions pour des problèmes plus urgents, ou pour ceux qui, bien qu’ils demandent une ample préparation et du temps, sont toutefois pareillement urgents.

Mais ces solutions restent très bellement infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lumière morale ; elle est le produit de la curiosité intellectuelle, pas d’un piquant sens d’une responsabilité historique qui veut que tous soient actifs dans la vie, qui n’admet pas agnosticismes et indifférences d’aucun genre. Je n’aime pas les indifférents aussi à cause de l’embêtement que me provoquent leurs pleurnichements d’éternels innocents. Je demande des comptes à chacun d’eux : comment il s’est acquitte des tâches que la vie lui propose quotidiennement ? qu’est-ce qu’il a fait et plus particulièrement qu’est-ce qu’il n’a pas fait ? Je sens de pouvoir être inexorable, de ne pas devoir gaspiller ma pitié, de ne pas devoir partager avec eux mes larmes.

Je suis parti prenant, je vis, je sens déjà pulser dans les consciences viriles de ma part l’activité de la cité future que ma part est déjà en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur peu de personnes, en elle chaque chose qui arrive n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne qui reste à la fenêtre à regarder pendant que le petit nombre se sacrifie, s’évanouit dans le sacrifice ; et celui-là qui est à la fenêtre, aux aguets, veuille profiter du peu de bien que l’activité de peu de personnes procure et dilue sa déception en vitupérant le sacrifie, le saigne, car il n’a pas réussi dans son dessein.

Je vis, je suis parti prenant. Donc je hais qui ne prend pas parti, je hais les indifférents. »

( Antonio Gramsci , «indifférent» Février 11, 1917).

« La Città futura », pp. 1-1 Raccolto in SG, 78-80.

http://bellaciao.org/it/spip.php?article28824

De : Roberto Ferrario
jeudi 14 avril 2011

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Assemblée générale à Palma en Espagne (Hugo Chinchilla/Flickr/CC)

Ils ont tenu ! Malgré la proclamation d’illégalité lancée par les autorités espagnoles, malgré la tenue d’élections municipales et régionales dans le pays ce 22 mai, les campeurs de la Puerta del Sol à Madrid se sont accrochés à leurs pavés.

On a déjà noté bien sûr les grandes similitudes entre ce mouvement du 15-Mai et ceux, tout aussi impromptus, qui agitent le monde arabe depuis le début de cette bien cruciale année 2011 :

  • des mouvements d’une ampleur totalement inattendue, en tout cas des pouvoirs en place, des médias en cour ou des « spécialistes » institués ;
  • des mouvements d’initiative populaire, sans leaders, ni responsables clairement reconnus ;
  • des mouvements sans les sempiternelles revendications catégorielles : pas de réclamations de postes par ci, pas de revendications salariales par là, pas d’exigences de « reconnaissance », encore moins de « négociations » avec les institutions défaillantes. (suite…)

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Le populisme déferle Puerta del Sol – Le Parti de Gauche : écologie, socialisme, république.

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Les garde-frontières postés autour de l’Europe forteresse n’y pouvaient rien. La contagion tant redoutée des pays arabes n’est pas passée par Lampedusa. Ce n’est pas une immigration incontrôlée qui est venue de la rive sud de la Méditerranée mais la révolution citoyenne. La voilà désormais en plein Europe. Seuls les racistes et les communautaristes endurcis ne voient pas les points communs entre le mouvement de la Puerta del Sol espagnole et celui de l’Egypte ou de la Tunisie. Même occupation des places publiques. Même rôle central de la jeunesse et du précariat portant les aspirations du plus grand nombre à la sécurité de l’existence. Même libération de la parole dans un système politique verrouillé. Même dénonciation d’une oligarchie au service de la finance. Même contournement des médias traditionnels. (suite…)

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Oscar Gutiérrez, 19 mai 2011 El País Madrid via presseurop.eu

"Erreur de système" : des manifestants répondant à l'appel de ¡Democracia Real Ya!, Madrid, le 17 mai.

Grandes manifestations le 15 mai, occupation de la Puerta del Sol à Madrid : après une longue période d’inaction face à la crise, les jeunes Espagnols ont investi la rue. Lancé à la veille d’élections locales, ce mouvement anti-système s’inspire de celui qui a fait tomber le gouvernement de Reykjavik en 2009. (suite…)

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