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Posts Tagged ‘utopie’

   À peine la formidable mobilisation sur les plages du Prado de Marseille, avec des citoyens venus en masse (120 000)  écouter les membres du Front de Gauche leur exposer les raisons pour lesquelles leur pays devrait voter en faveur d’un programme de révolution citoyenne, à peine ce formidable élan solidaire et humain terminé, le journal Libération publie un article pour en relater les faits. Le contenu de l’article relate il me semble assez bien l’évènement. Beaucoup de monde, beaucoup d’espérance, du contenu et de la joie. Mais quel titre choisit-on pour l’illustrer ?

Il y a besoin de gens comme Mélenchon qui font rêver

Titre bien entendu choisi « au hasard » dans la citation d’un des acteurs de la mobilisation qui s’empresse de compléter son propos:

Mais franchement, nuance-t-il, je crois pas du tout à ses mesures économiques. Le Smic à 1700 euros, ce serait bien mais c’est pas possible.» Il ferait «plus confiance» à François Hollande. Sans enthousiasme. «Même lui ne me convainc pas tant que ça. C’est dommage que dans cette élection il n’y ait pas eu de débats d’idée», se désole-t-il.

   Titre qui ne reflète en rien le reste de l’article donc. Pour cela, j’en suis assez révolté de toujours entendre les mêmes refrains. Je tiens donc à remettre les pendules à l’heure, ne serait-ce que pour retrouver mon calme…

   Ceux qui rêvent sont plutôt ceux qui pensent combattre la spéculation financière avec de bonnes intentions. Ceux qui rêvent sont ceux qui avalent les discours néolibéraux sur la dette, l’immigration, l’impossibilité d’augmenter le SMIC, la retraite à 60 ans. Ceux qui rêvent sont ceux qui pensent qu’il est bon pour la France de s’agenouiller devant les Américains, l’Union Européenne ou l’OTAN. Ceux qui rêvent sont ceux qui pensent faire face à l’urgence écologique à coup de « marché de droits à polluer » ou en « moralisant » le capitalisme. Ceux qui rêvent sont ceux qui refusent la sixième république, écrites par ses citoyens.
Nous sommes un peuple conscient, qui s’éduquent et réapprend à militer et à faire de la vie politique, le centre de nos préoccupations. Nous qualifier de doux rêveur, qui gobent comme de vulgaire poissons rouges, les propositions « irréalistes » d’un candidat, un jour démagogue, un autre populiste, est une méthode inacceptable qui vise à discréditer notre mouvement. Non seulement il insulte l’intelligence des militants de gauche, toutes catégories confondues, mais il insulte également le jugement de millions de citoyens, pas forcément impliqué dans le combat militant, mais qui comme nous réfléchissent, jugent, pèsent et sous-pèsent les arguments des uns et des autres candidats.

Nous ne sommes pas des rêveurs, notre programme est applicable, chiffré, réaliste et oui, révolutionnaire.

   Je met en garde ici les rêveurs conservateurs et réactionnaires qui nous insultent nous et notre cause, car leur réveil sera brutal et inconfortable. Car ils devront partager, ils en seront obliger, par la loi, de respecter tous les français,  ceux récemment naturalisés ou anciennement arrivés sur notre territoire, tout comme ceux qui revendiqueront encore plus de démocratie, encore plus de justice sociale, encore plus, oui, toujours plus de droits.

The Dream, Pablo Picasso

Vive la sociale !
Vive la révolution citoyenne !

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Voici un texte publié sur le blog Quadrados Loucos, et traduis par mes soins, qui fait le bilan de l’occupation de la place Cinelândia de Rio de Janeiro.

Au commencement, tout était fête. Ils tiraient du campement plus que celui ne pouvait donner : une émotion continue, un enchantement permanent. Une générosité débordante, des sourires de tous côtés. Des groupes d’amis décidèrent d’aller tous ensemble sur la place. Contaminé par les événements proliférant à travers le monde, même le plus aguerris des activistes était tombé amoureux. Avec raison. Dans le grand amour de la politique, s’anime une expérience du commun, en même temps militante, éthique et esthétique. Une expérience du monde des temps nouveaux. Ceux qui donnent faim de vivre mais que nous laissions échapper, pour plus tard, par crainte ou par paresse.
L’avion s’en va et nous restons sur le bord de la piste, à le regarder s’en aller. Cela a changé. Des milliers de gens en traversant la place, débattirent, au fil des consensus et dissensus, ordonnèrent et désordonnèrent. Ils dansèrent comme des pions frénétiques et se consommèrent dans un bleu azure brillant et intense, comme dirait Kerouac.

Il ne peut pas y avoir de transformations sans bloquer la rue. Orienter le mouvement, organiser le carnaval. C’est est très politique. Bien plus que des groupuscules qui  ne font que discuter révolte ou socialisme dans d’obscure salles par des dimanches ensoleillés. Ou bien plus que des éditorialistes de la révolution, avec leurs textes de gendarmes , leur rancœur de vieille gauche. Ou bien plus que des appareils partisans ou carriéristes, qui enflent, sans enfler les penses. A 30 ans, la vésicule ne tient plus le coup. C’est faire acte de cela, faire motion de ceci, avoir une opinion engagée sur tout, diaboliser et hurler, mais rien à propos de construire une alternative et affirmer qu’un autre monde est possible. Ainsi, le mouvement anticapitaliste se réduit-il à un slogan, expression de la mauvaise conscience de la classe moyenne, et se résume à de vagues indignation pour un monde meilleur. Plus que cela donc, la toile des occupations globales raconte un autre monde, dans une démocratie réelle, dans l’organisation politiques de nos relations.
Aujourd’hui, Occupy Rio a passé la phase de la célébration. Largement ouvert aux flux de la ville, il a été inondé par le conflit, le racisme, la drogue, l’impossibilité de communiquer, la violence diffuse et directe. Depuis le premier jour, la brutalité est imminente. Plus dangereux que la Garde de la PM (Police Militaire ndt) il y a eu ce conflit épidermique qui a tendu l’atmosphère sur le campement jours et nuits. Cinelândia : le lieu historique des mobilisations, mais aussi lieu où l’on fouettait les esclaves, où l’on pendait les condamnés, et où aujourd’hui se propagent les microbes e junkies et créatures invisibles du centre-ville.
Aussi, l’optimisme a-t-il besoin de se désenchanter. Malgré des moments très joyeux, la lutte se terminent souvent sans gloire. Que l’on ne s’attende pas à recevoir des lauriers ou des récompenses pas même moraux.

Après un mois, il y a maintenant dans la salle un éléphant que nous  ne pouvons désormais plus contourner. Terminant l’enchantement initial, cette éléphant exige une attention quasi totale. On les appelle les « sans-abris » (« habitant de la rue » dans le texte ndt). Ce sont eux qui procurent la substance et la durée au mouvement d’occupation à tout le monde. Parce qu’ils endurent la dureté du macadam et survivent dans la métropole. Mais ceci est une classification injuste. Parce que c’est un groupe hétérogène, composé de natures variées et d’histoires singulières. Nous avons besoin de théorie et d’idéologie pour faire de la politique, pour nous subjectiver comme acteurs de l’histoire. Eux non. Ils apportent avec eux les stigmates du choc de l’ordre[1], le trauma dans les gestes et les paroles. Ils en subissent politiquement l’expérience  tous les jours, sur les corps, dans les discours, dans les actes les plus prosaïques comme boire de l’eau, aller aux toilettes ou dormir. Pour eux, tout est géographie politique, récit opprimé, résistance contre et malgré tout. Leur poésie sans bonne manière nous parait irrémédiablement improductive.
Nous alimentons les préjugés à un niveau profond. Ils ne sont pas LE problème, mais un symptôme de la cité comme un tout, bien au delà des questions de d’habitation.
Nous gagnons un point de vue.

Avec eux, Occupy Rio va saigner jusqu’à la mort ? Les veines de l’Amérique Latine sont toujours restées ouvertes. Perdre, être entérré par la matérialité est moins critique que  fuir, revenir à son appartement, sa salle de cours ou les couloirs du pouvoir. Cela serait-il renoncer a ce qu’il y a de révolutionnaire dans la composition de classe. Si la gauche civilisée et progressiste ne cesse de tenter de prolétariser le peuple brésilien, sur ce continent vibre le peuple Macunaíma[2], indien et noir qui se refusent à devenir prolétaire. Le mélange grossier qui s’est effectué a Cinelândia ne s’est réalisé dans pratiquement aucun espace ou organisation de gauche. Ici oui, nous sommes mal représentés, mais de même le sont ceux qui ne sont à aucun moment présentés autrement que comme objets pour la psychiatrie, la criminologie ou l’assistance sociale. Ces barbares qui refusèrent ces représentations. Sur le campement, nous somme dé-chosifiés : on produit de la subjectivité.

Parallèlement les obstinés continue à réclamer que nous ayons un ordre du jour clair. Leur condescendance entre les lignes n’est pas suffisante pour masquer l’horreur qu’ils ressentent du nouveau. Ils montrent leur dédain, jusqu’à l’heure du verdict. Ils prétendent nous domestiquer, nous identifier comme leur je, juger si nous sommes assez anticapitaliste, si nous méritons leur « ok les enfants ». Mais quand la nouveauté est une provocation, la génération fait les choses bien. L’avion est parti et ils sont couché au bord de la piste, pour attendre. Adieux messieurs dames.
Les questions et les limitations, s’ils prédisent des blocages sont un fait, mais le mode de comment penser et agir pour affronter ces problèmes est celui qui définit la véritable lutte et expérience des campements.Que les conflits apparaissent, eis en quantité, mais plus grand encore sera de le développer dans un mode transformateur. Est ingénieusement anticapitaliste celui qui pense que ce sont des questions secondaires, qu’il est plus urgent de mettre en scène d’autres actes contres Pæs-Cabral-Dilma [3], dans ce théâtre décoré de grandes médailles. Quand tout est en jeu, et précisément le cas ici, où la démocratie se confronte à la réalité des rues,  devant l’abysse éthique où le Je rencontre de manière absolue, l’Autre, qui ne peut se réduire à un Je.
Aujourd’hui, 30 jours après, nous savons demander moins que ce que le campement peut apporter : une tentative franche de réinvention, un travail de fourmi. Trente jours sur  Cinelândia la folle, il y a eu un pari fou et inévitable. Et ses affects, son expérience, ses gestes maintiennent  sous nos yeux lucides, une valeur authentique.

Texte : Bruno Cava – RJ / Trad. : Dagoodtown

1 – Le « choc de l’ordre » est une politique instaurée par le maire de Rio, politique sécuritaire et de renforcement des contrôles de police contre les marchés informels, et pour la propreté. Elle affecte aussi par conséquent les plus pauvres ou les sans abris.

2 – Macunaíma : anti-héros d’un roman de Mário de Andrade, qui mêle les différents récits mythologiques des peuples brésiliens. Le roman a ensuite été adapté au cinéma par Joaquim Pedro de Andrade.

3 – Eduardo Paes : maire de la ville de Rio de Janeiro ; Sérgio Cabral : gouverneur de l’État de Rio de Janeiro; Dilma Rousseff : présidente de la république fédérale du Brésil

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Je reproduis ici un texte, paru en français et corrigé par mes soins, sur le site d’Occupy Rio, le mouvement de Rio de Janeiro.

Comme dans un forum social, mille choses se passent en même temps et c’est comme ça que tout se déploie. – Rodrigo Bertame, Occupons Rio.

Photo : Sindia Santos

Cela fait 10 jours que le campement s’est installé à Rio. Pour ceux qui y sont jour et nuit, beaucoup plus. L’occupation n’a pas seulement transformé radicalement l’espace, mais aussi le temps, devenu plus dense et plus riche, débordant d’instants créatifs et spontanés. Si la place de la Cinelândia, au centre de Rio, portait déjà ses chroniques quotidiennes, maintenant elles se multiplient au millier. Chaque jour est un monde complet où mille choses se passent en même temps.

L’histoire du campement est l’histoire de ses rencontres, de ses convergences et divergences. Les risques initiaux, les pulsions d’identité et de consensus n’ont plus aucun sens. Au delà d’un collectif autogéré, ce campement se construit comme un trafic routier. Il ne s’agit pas d’une autogestion considérée comme autosuffisance, mais comme autonomie. Il n’y a pas un dedans et un dehors, pas de rituel pour ceux qui arrivent, pas besoin non plus de devoir d’identification auprès des “plus anciens” occupants. Il suffit de venir ! De faire. Et on y est automatiquement inclus. Le nombres d’assemblées générales a diminué par rapport au départ et le campement s’est « débureaucratisé ». Elles ne sont plus vues comme choses substantielles ou axes d’un processus, mais juste un moment ; son importance, tout de même,  reste préservée. De même qu’aucune structure ne peut représenter les éléments de créativité,  de mutation,  de résistance, de réinvention quotidienne. Traversée de tous ses côtés, la place occupée se construit des flux de la ville et de ses demandes concrètes.

À chaque jour, Occupons Rio se qualifie, s’intensifie, s’autovalorise. On compte plus de 150 tentes. Il y a des générateurs d’énergie, des réfectoires, de petits ateliers, des laboratoires théoriques, des plateaux, un microphone ouvert. Il y a des groupes de travail (GT) plus ou moins constants (d’alimentation, d’activités, de sécurité, théorie, queer, arts et culture, anthropologie), des groupes de non-travail, groupes d’affinité, collectifs auto-constitués et même un GT’aime. Les jeunes d’entre 20 et 30 ans y prédominent, mais tous les âges sont représentées. C’est une dynamique à longue manche, sans leader ou groupes prépondérants. S’il y a des punks, ils ne se limitent pas à l’anarchie facile ; des autogestionnaires ne veulent pas s’isoler ; les marxistes ne portent pas leurs marximètres ; les hackers apprennent à danser. On construit au commun des relations, au déroulement de l’instant, sans préoccupations excessives de consensus. C’est un mouvement de l’ et cætera. Un immense, hétérogène et inqualifiable et cætera. C’est pour cela qu’il est inutile pour l’assemblée d’avoir peur et de se préoccuper avec les risques opportunistes et malveillants, comme si on avait pour mission de “protéger” les gens et de préserver une pureté du mouvement. Ils en ont pas besoin, personne n’est bête ici. Ce sont comme des chats, conçus pauvres et libres.

A-t-on déjà vu un troupeau de chats?

Photo Brenno Erick

Cet et cætera n’est pas représenté par la politique institutionnelle, la grande presse, la culture commerciale. Son désir d’exister n’était pas annoncé, articulé, ne se laisait percevoir ni apercevoir. Dans un processus dynamique, l’et cætera se compose comme classe. Il acquiert non seulement une voix en chœur, mais plusieurs. Au lieu d’une ligne éditoriale ou politique, comme  celles des partis et grands journaux, on a ici une polyphonie. Ce qui n’est pas n’importe quoi. Il suffit de rappeler comment les apparatchiks du parti d’extrême-gauche PSTU et l’agenda anti-corruption du magazine Veja ont été spontanément refusés.

Des articulations ont été crées avec des mouvements contre les déplacements des habitations en vue des grands évènements comme la Coupe du Monde et les jeux Olympiques, contre le “choc d’ordre” imposé par la mairie, mouvement contre le modèle de développement de Belo Monte, contre le système pénal sélectif et raciste, contre la criminalisation des mouvements sociaux, le mouvement pour la reconnaissance du marché informel, de la culture libre, pour une éducation plus qualifiée et ouverte, pour la liberté de circulation (passe livre), pour une démocratie réelle au delà de la représentation, de la dualité l’État et marché. Si Occupons Rio est à gauche, ce n’est certainement pas cette gauche qui gouverne le pays, celle de l’appareillage partisan ou du milieu académique. Et on entend souvent dans les débats le mot “capitalisme”. Des laboratoires de lecture sont formés, comme celui sur Multitude (Antonio Negri, Michael Hardt). Tout est très politisé. On peut arriver pour le loisir d’un camping d’été et se retrouver en train de faire de la politique à fond, et parfois le contraire : on y vient pour faire de la politique et on se retrouve dans un camping d’été. Et et cætera!

D’ailleurs, tout ici possède une dimension politique. Il n’y a pas de séparation entre questions pratiques et questions politiques. Quand on délibère sur la sécurité, on évite d’y reproduire une police, on tâche de repenser les relations avec les sans-abris, avec les commerçants informels, la police municipale, les pickpockets matinaux qui « gagnent leur croûte » sur la place et, peut être, de retrouver des convergences pour les rapprocher. Même la nourriture n’est pas un problème interne, puisqu’on n’y cultive rien ; elle vient de la ville, elle dépend de relations.

Photo : Brenno Erick

Occupons Rio n’a pas de date de conclusion prévue . Il s’agit d’une manifestation permanente et mutante. Grâce aux médias sociaux elle peut se dérouler dans la place ou dans la rue, se re-virtualiser à nouveau et ainsi successivement. Réel et virtuel ne s’opposent pas. Si demain les pouvoirs constitués font preuve de couardise en recourant à la violence, le mouvement continuera et s’agrandira. Après tout, ces gens sont les mêmes. Ou mieux, ne sont plus les mêmes.

Bruno Cava, da OcupaRio / Trad.: Cristiano Fagundes, da OcupaRio

Retrouvez le texte de la traduction ici

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Dimanche 22 Avril 2012, il est 18h00. Les chiffres de la participation sont annoncés : 83% des inscrits se sont déplacés, taux record dans l’histoire de la cinquième république ! A 20 heures, les résultats…

Choisi ton camps camarade !

Ce petit exercice a été librement inspiré d’un billet publié sur le blog Des pas perdus , merci à son auteur !

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BELLACIAO – Antonio Gramsci , «Je hais les indifférents» – Roberto Ferrario.

Bellaciao nous propose un texte d’une actualité… indignante !

« Je hais les indifférents. Pour moi, vivre veut dire prendre parti. Qui vit vraiment ne peut ne pas être citoyen et parti prenant. L’indifférence est apathie, elle est parasitisme, elle est lâcheté, elle n’est pas vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est la boule de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte dans laquelle souvent se noient les enthousiasmes les plus radieux, c’est le marécage qui ceint la vieille cité et la défend mieux que les murailles les plus fermes, mieux que ses guerriers, car elle enlise ses assaillants dans ses gouffres boueux, limoneux, et elle les décime et les démoralise et quelques fois elle les oblige à renoncer à leur entreprise héroïque.

L’indifférence opère énergiquement dans l’histoire. Elle opère passivement, mais elle opère. C’est la fatalité ; c’est sur quoi l’on ne peut compter ; c’est ce que bouleverse les programmes, renverse les plans les mieux construits ; c’est la matière brute qui se rebelle à l’intelligence et l’étrangle. Ce qui se passe, le mal qui s’abat sur tous, le bien possible qu’un acte héroïque (de valeur universel) peut provoquer, tout ça revient moins à l’initiative de quelques personnes qui activent qu’à l’indifférence, à l’absentéisme de la majorité.

Ce qui arrive, arrive non pas parce que certains veulent qu’il arrive, mais parce que la majorité abdique sa volonté, laisse faire, laisse se grouper les nœuds qu’ensuite seule l’epee pourra couper, laisse promulguer les lois qu’ensuite seule la révolte fera abroger, laisse aller au pouvoir les hommes qu’ensuite seul un mutinement pourra renverser.

La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent à l’ombre, juste quelques mains, à l’abri de tout contrôle, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, car elle ne s’en soucie point. Les destins d’une époque sont manipules selon des vues étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse ignore, car elle ne s’en soucie point.

Mais les faits qui ont mûri aboutissent à leur fin ; mais la toile tissée à l’ombre s’accomplit : et alors il semble que c’est la fatalité qui emporte tout et tous, il semble que l’histoire n’est pas un énorme phénomène naturel, une irruption, un séisme, dont tous restent victimes, qui a voulu et qui n’a pas voulu, qui savait et qui ne savait pas, qui a été actif et qui indiffèrent.

Ce dernier s’irrite, il voudrait échapper aux conséquences, il voudrait qu’il soit clair que lui n’y était pour rien, qu’il n’était point responsable. Certains pleurnichent piteusement, d’autres blasphèment avec obscénité, mais personne ou peu de personnes se demandent : si j’avais moi aussi fait mon devoir, si j’avais cherche à faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il advenu ce qui est advenu ? Mais personne ou peu de personnes se sentent responsables de leur indifférence, de leur scepticisme, du fait de ne pas avoir offert leurs bras et leur activité à ces petits groupes de citoyens qui luttaient justement pour éviter tel mal et procurer tel bien.

La plupart de ceux-ci par contre, à évènements accomplis, préfèrent parler de faillite des idéaux, de programmes définitivement écroulés et d’autres agréableries pareilles. Ainsi recommencent-ils leur absence de toute responsabilité. Et ce n’est pas vrai qu’ils ne voient pas clair dans les choses, et que parfois ils ne soient pas capables d’avancer de très belles solutions pour des problèmes plus urgents, ou pour ceux qui, bien qu’ils demandent une ample préparation et du temps, sont toutefois pareillement urgents.

Mais ces solutions restent très bellement infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lumière morale ; elle est le produit de la curiosité intellectuelle, pas d’un piquant sens d’une responsabilité historique qui veut que tous soient actifs dans la vie, qui n’admet pas agnosticismes et indifférences d’aucun genre. Je n’aime pas les indifférents aussi à cause de l’embêtement que me provoquent leurs pleurnichements d’éternels innocents. Je demande des comptes à chacun d’eux : comment il s’est acquitte des tâches que la vie lui propose quotidiennement ? qu’est-ce qu’il a fait et plus particulièrement qu’est-ce qu’il n’a pas fait ? Je sens de pouvoir être inexorable, de ne pas devoir gaspiller ma pitié, de ne pas devoir partager avec eux mes larmes.

Je suis parti prenant, je vis, je sens déjà pulser dans les consciences viriles de ma part l’activité de la cité future que ma part est déjà en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur peu de personnes, en elle chaque chose qui arrive n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne qui reste à la fenêtre à regarder pendant que le petit nombre se sacrifie, s’évanouit dans le sacrifice ; et celui-là qui est à la fenêtre, aux aguets, veuille profiter du peu de bien que l’activité de peu de personnes procure et dilue sa déception en vitupérant le sacrifie, le saigne, car il n’a pas réussi dans son dessein.

Je vis, je suis parti prenant. Donc je hais qui ne prend pas parti, je hais les indifférents. »

( Antonio Gramsci , «indifférent» Février 11, 1917).

« La Città futura », pp. 1-1 Raccolto in SG, 78-80.

http://bellaciao.org/it/spip.php?article28824

De : Roberto Ferrario
jeudi 14 avril 2011

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Assemblée générale à Palma en Espagne (Hugo Chinchilla/Flickr/CC)

Ils ont tenu ! Malgré la proclamation d’illégalité lancée par les autorités espagnoles, malgré la tenue d’élections municipales et régionales dans le pays ce 22 mai, les campeurs de la Puerta del Sol à Madrid se sont accrochés à leurs pavés.

On a déjà noté bien sûr les grandes similitudes entre ce mouvement du 15-Mai et ceux, tout aussi impromptus, qui agitent le monde arabe depuis le début de cette bien cruciale année 2011 :

  • des mouvements d’une ampleur totalement inattendue, en tout cas des pouvoirs en place, des médias en cour ou des « spécialistes » institués ;
  • des mouvements d’initiative populaire, sans leaders, ni responsables clairement reconnus ;
  • des mouvements sans les sempiternelles revendications catégorielles : pas de réclamations de postes par ci, pas de revendications salariales par là, pas d’exigences de « reconnaissance », encore moins de « négociations » avec les institutions défaillantes. (suite…)

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Et oui, ça faisait un moment qu’on n’en avait pas entendu parlé, du moins dans les médias traditionnels. L’ATOME fait son grand retour. Pour cela, il n’a pas pris les pincettes, il s’est paré de son plus beau costume, sur son 31, par la grande porte ! A peine quelques heures après le tremblement de terre, voilà qu’un Tsunami vient achever le pays du soleil levant. A l’heure où j’écris, on en est à plus de 1800 sans compter une ville de plus de 10.000 habitants complétement rayée de la carte dont on n’a pas de nouvelles… Vraiment catastrophique donc. Mais pas le temps d’atterrir, il faut rester sur ses gardes, car voilà que ce sont les centrales nucléaires japonaises qui menacent. Comme si, ils n’en avaient pas reçu assez dans la figure, les pauvres.

Une fois de plus, le problème de l’énergie nucléaire refait surface, tel un monstre du Loch ness, bien réel celui-là. Une fois de plus, la valses des communicants d’AREVA, de l’AIEA et des responsables japonais apparaît et nous invite à les rejoindre au pays merveilleux de l’énergie propre, sûre, renouvelable…. La France est à ce jour dotée de 58 réacteurs.

cliquez pour agrandir - source http://www.sortirdunucleaire.org

Mais quand les gouvernements endenteront-ils leurs peuples ? Comme le rappelle le site Sortir du nucléaire, 80% des français sont favorable à un referendum à ce sujet : Faut-il en sortir une bonne fois pour toute ?

Quand l’utopie scientifique et productiviste arrivera-t-elle à son terme ?

Allez demandez au japonais ce qu’ils en pensent… Les chiliens, autre zone reconnue à risques sismiques ont quant à eux « bénéficié » des services nucléaires français (site du ministère), on montre l’exemple donc.

J’avais réalisé il y a quelques années cette vidéos. C’était mes début en montage donc soyez indulgent.

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